Les banques centrales devraient-elles garder leurs or à la maison ou aux États-Unis?

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Depuis la crise financière de 2008, nous entendons de plus en plus parler de rapatriements d’or par les banques centrales et pas seulement d’achats. Pour quoi?

Tout le monde est d’accord que l’or est de l’argent “in extremis”, si ce n’est pas tout seulement de “l’argent”. Durand des milliers d’années, il a été dit de détenir de l’or (10 à 20% de ses actifs) et de prier Dieu, de n’en avoir jamais besoin. Lorsque tout autre moyen d’échange échoue, l’or reste accepté. Il est et a été l’actif le plus commercialisable dans l’histoire et dans le monde entier.

Le cas le plus récent a été durant la crise financière de 2008. Au plus fort de la crise, la seule garantie acceptée par les banques centrales mondiales était l’or. Durant la guerre froide, la Russie et la Chine ont utilisé l’or pour traiter avec le reste du monde. Au cours des années 70 après l’effondrement du standard d’échange or (Accord de Bretton Woods), lorsque le dollar américain s’est effondré, le prix de l’or a explosé. Lorsque l’Irak a été isolé par les États-Unis, il s‘est immédiatement converti à l’or. Quelques années plus tard, la Libye a fait la même chose. Peu de temps après que des restrictions aient été imposées à l’Iran, l’or est devenu une monnaie majeure pour l’Iran et les valises d’or ont commencé à passer de la Turquie à l’Iran à travers Dubaï. Après le conflit entre le Venezuela et les États-Unis, le président Chavez a rapatrié les réserves d’or du pays au Venezuela. L’Irak et la Libye ont fait la même chose lorsque les États-Unis ont imposé des sanctions à leurs pays.

L’or n’a pas de risque de contrepartie. Il est reconnu et accepté dans le temps et l’espace. Mais il ne suffit pas de posséder de l’or, vous devriez aussi l’avoir en votre possession. Le fait de détenir de l’or dans un pays étranger expose le titulaire du droit à des risques de confiscation ou de blocage de son or par le pays qui le détient physiquement en fiducie. En cas de crise, vous avez besoin non seulement de la propriété de l’or, mais aussi de sa possession. La confiance peut disparaître à la vitesse de la lumière. Nous avons vu à quelle vitesse les amis deviennent des ennemis. L’Iran avant la révolution de 1979 était un allié des États-Unis. Du jour au lendemain, il est devenu un ennemi et ses actifs gelés par les États-Unis. Après l’attentat terroriste du World Trade Center à New York, les États-Unis ont déclaré que quiconque n’était pas avec eux était un ennemi. Tout d’un coup, surtout la France mais aussi l’Allemagne, se sont retrouvés comme des ennemis des Etats-Unis. Heureusement pour la France, son président Charles de Gaulle a compris la valeur de l’or et l’importance de sa possession et a rapatrié tout l’or français à la fin des années 60. Cependant l’or allemand aurait pu être gelé pour forcer l’Allemagne à soutenir les Etats-Unis contre sa volonté.

Beaucoup de pays européens ont envoyé leur or aux États-Unis pour le mettre en sécurité pendant la deuxième guerre mondiale. Les États-Unis étaient les moins susceptibles d’être occupés par l’Allemagne. Les États-Unis également connaissaient une excellente économie, une dette gérable et aucun déficit. La réputation des États-Unis était au sommet et la confiance était aussi à son sommet. C’était une excellente décision pour les pays européens d’avoir stocker leur or dans un tel pays et dans des circonstances aussi extrêmes.

Cependant, une fois la guerre terminée en 1945, il n’y avait plus de raison de stocker leur avoir les plus précieux “in extremis” dans un autre pays. Par contre le nouveau danger venant de l’Union Soviétique a convaincu de nombreux pays européens à continuer de stocker leur or aux Etats-Unis. La confiance dans les États-Unis était très élevée. L’Europe été détruite en 1945 et impossible de se défendre d’aucune façon immédiatement après la deuxième guerre. La nouvelle menace de l’Union soviétique justifiait à la fois la création de l’alliance militaire de l’OTAN et la poursuite du stockage d’or aux États-Unis. Cependant, après la reconstruction de l’économie, des infrastructures et de l’armée dans les années 1970 par l’Europe et l’effondrement de l’Union soviétique dans les années 1990, ces raisons ont disparu. Il était temps de rapatrier l’actif “in extremis” le plus liquide possible.

Qu’est-il arrivé? Pourquoi les Européens n’ont-ils pas rapatrié leur or? Mon interprétation est qu’une nouvelle école de doctrine économique a émergé aux États-Unis basée sur la dette. La défaite de l’inflation acquise par le président de la Fed Paul Volker aux Etats-Unis a dopé le dollar américain et les États-Unis ont retrouvé leur réputation et leur confiance. Cependant, ce n’était que temporaire. Cette nouvelle école d’économie fondée sur la dette a également créé une fausse théorie selon laquelle tout doit être spéculé et joué pour faire des profits. L’or, comme il a été dit à tort, ne paie aucun intérêt ou dividende et donc c’est une “pierre sans valeur et inutile” et l’argent était un déchet. Sur des conseils de Wall Street, de nombreuses banques centrales ont été convaincues de prêter leur or pour “le faire fructifier”. Donc, l’or est resté la plupart du temps aux États-Unis mais aussi au Royaume-Uni pour être utilisé à des fins de courtage, spéculation et j’ajouterais de jeu du hasard.

En 2000, tout le monde croyait que les États-Unis avaient découvert le secret de la prospérité éternelle et la fin des cycles économiques. Plus besoin de telles “reliques du passé” tel que l’or. C’était une grosse erreur. Peter Bernstein a écrit un livre sur durant cette période à propos de l’or (Le pouvoir de l’or – Histoire d’une obsession). Il ne croyait pas au retour de l’or en tant que monnaie, mais ayant vécu près d’un siècle, il a averti que “l’or pourrait à nouveau servir de couverture ultime dans des conditions chaotiques. Son retour à son rôle traditionnel de monnaie universelle est toutefois improbable, à moins que le temps ne vienne où le dollar, l’euro et le yen ont tous échoué à fonctionner comme moyen de paiement acceptable à travers les frontières internationales.” Dix ans après avoir écrit ceci on a eu la crise financière de 2008 et un retour de l’or dans le système monétaire international. Comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessus, c’est aussi à ce moment-là que les banques centrales du monde ont cessé de vendre leurs réserves d’or et ont recommencé à en acheter de nouveau. En date de 2017 les banques centrales ont déjà racheté, depuis la crise financière de 2008, 43,4% de l’ensemble de l’or vendu à partir du sommet atteint en 1965 au plus bas niveau de 2008. Cependant, ce ne sont pas les mêmes banques centrales occidentales qui ont racheté l’or mais plutôt les banques centrales de l’Est et surtout la Russie et la Chine.

Réserves d’or officielles du monde vs les Etats-Unis vs la Zone Euro

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En même temps, la confiance dans les États-Unis en tant que fiduciaire s’est effondré et de plus en plus de citoyens européens ont commencé à demander à leurs pays de rapatrier les réserves d’or des États-Unis en Europe. Au début, les élites des institutions financières et économiques européennes, surtout ceux formées, ou je devrais plutôt dire qui ont suivi un lavage de cerveau dans le programme économique américain des années 80 et 90, ont fortement résisté. Certains en Allemagne ont même utilisé des arguments ridicules qu’il soit impossible de déplacer physiquement l’or avec la technologie de transport d’aujourd’hui de New York à Francfort en moins de 20 ans. Pendant ce temps, l’or circulait de Zurich à Shanghai et du Vietnam à la Suisse et revenait en toute sécurité et ça en moins d’un an. Cependant, la pression populaire est devenue tellement forte et ça dans toute l’Europe que bientôt une à une les banques centrales des Pays-Bas, d’Autriche, d’Allemagne et d’Hongrie ont commencé à rapatrier l’or des Etats-Unis mais aussi du Royaume-Uni.

Ce mouvement des réserves officielles d’or des Etats-Unis vers l’Europe m’indique également une méfiance croissante des Etats-Unis, non seulement en Europe mais dans le monde entier. Une très bonne description visuelle de cette méfiance est la baisse des avoirs en or (en fiducie) aux Etats-Unis, comme vous pouvez le voir clairement dans les deux graphiques ci-dessous. L’or affecté est l’or en fiducie avec la Réserve fédérale à New York pour des banques centrales étrangères. Nous voyons que la tendance a commencé en 1970 et correspond à l’effondrement du standard d’échange or (Accord de Bretton Woods). Dans le deuxième graphique, nous pouvons clairement voir la tendance s’accélérer à la baisse juste avant la crise financière de 2008 et s’accélérer de nouveau depuis 2014.

L’or en fiducie avec la Réserve fédérale à New York pour des banques centrales étrangères

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L’or en fiducie avec la Réserve fédérale à New York pour des banques centrales étrangères depuis 2000

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Je m’attends à ce que cette tendance se poursuive vers zéro alors que l’effondrement du système monétaire international actuel (basé sur le dollar) approche et se terminera par une réinitialisation du système.

Comme je l’ai dit, aucun pays n’a de raisons valables de détenir de l’or à l’étranger. L’or est de l’argent “in extremis” et un atout stratégique et devrait être en sa possession et pas seulement en sa propriété. La propriété d’actifs par l’Iran aux États-Unis était inutile. Les États-Unis en avaient la possession et l’utilisaient à leur avantage et dans leur intérêt. Depuis le 11 septembre 2001, les États-Unis gèlent de plus en plus les avoirs étrangers et utilisent leur position “d’hégémon” pour imposer leur volonté avec les guerres financières du Trésor américain. L’accélération de cette tendance à la baisse des réserves d’or en fiducie pour des pays étrangers aux Etats-Unis devrait être surveillée de près pour tout rapatriement en panique par les banques centrales étrangères. Juste avant l’effondrement du pool de l’or de Londres (London Gold Pool) dans les années 60, la même chose s’est produite. Une ruée sur l’or par les banques centrales étrangères pour échanger leurs dollars contre de l’or a forcé les Etats-Unis à fermer la fenêtre et à mettre fin au standard d’échange or en 1971.

La Russie et la Chine le comprennent le mieux et depuis la crise financière de 2008 achètent de grandes quantités d’or pour leurs réserves internationales officielles et les stockent chez eux. En 2018, le président américain Donald Trump a ajouté à la guerre des devises aussi des guerres commerciales qui pourraient aboutir à des guerres militaires. En 2017, la Chine a cessé de mettre à jour ses informations sur leur réserve d’or officielle pour des raisons stratégiques je pense. Mais ma spéculation éclairée est qu’elle a plus que le montant déclaré de 1.842,6 tonnes d’or. Je crois que la Chine a déjà entre 4,000 et 6,000 tonnes d’or sous un compte différent que celui de la Banque populaire de Chine. En représailles aux guerres commerciales de Trump, la Russie et la Chine pourraient vendre des bons du Trésor américain et acheter de l’or pour des raisons de “sécurité nationale” si pas économiques. Les deux tiennent leurs réserves d’or dans leurs propres pays.

Réserves officielles d’or de la Russie vs la Chine

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L’élection de Donald Trump en tant que président des États-Unis pourrait accélérer le rapatriement de l’or. Dans des circonstances “in extremis”, comme nous vivons aujourd’hui avec les guerres de devises et maintenant les guerres commerciales, voire peut-être même des guerres militaires et l’effondrement du standard international “de facto” dollar, la propriété de l’or n’est pas une protection suffisante pour les pays, ils leurs faut aussi la possession physique de l’or. Les États-Unis n’offrent plus, avec une dette et un déficit excessif, confiance et sécurité au autres pays pour stocker leur or. On parle déjà aux États-Unis que l’Amérique utilise les bons du trésors américains détenus par des pays étrangers comme un chantage de négociation sous l’excuse de “sécurité nationale”. Je m’attends donc à la poursuite et même peut-être à l’accélération du processus officiel de rapatriement des réserves d’or, principalement en provenance des États-Unis mais aussi du Royaume-Uni (en raison du Brexit).

“L’or est de l’argent, in extremis” Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine

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